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Le rythme de la FW est-il en train d'épuiser toute une génération de créateurs ?

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Parce qu’on est féru de mode, on ne manque jamais de repérer les tendances qui émergent lors des Fashion Week. Le hic, c’est que depuis un certain temps, on a l’impression qu'elles ne s'arrêtent jamais. Un rythme infernal qui commence à épuiser manifestement bon nombre de créateurs. Pour mieux comprendre ce qu’il se passe, on s’est adressé à une pro et ses réponses n’ont fait que confirmer notre quasi-total désappointement pour la Faaash.

On ne va pas se mentir, cette année, en suivant les différentes Fashion Week et notamment celle de Paris, on a souvent été déçu. Du coup, on s'est demandé si ça venait de nous ou si c'était juste dû à l'évolution de la mode et de son industrie très codifiée, qui semble avoir quelque peu laissé de côté la création au profit de bénéfices considérables.

Marie Douchet, styliste spécialisée dans l'analyse des défilés chez Peclers, a accepté d'éclairer notre lanterne sur le sujet. Et malheureusement, on a visé juste : oui, le rythme infernal de la mode d'aujourd'hui est bel et bien en train d'épuiser une ribambelle de créateurs qu'on admire pourtant depuis des lustres.

Que s'est-il passé au juste ?

"En gros, la Fashion Week, c'est actuellement six défilés minimum par an entre l'homme et la femme, la couture et le prêt-à-porter. Sans compter les collections croisières, les pré-fall et l'émergence de nouvelles Fashion Week. C'est un phénomène qui existe depuis moins de 10 ans.

Ça vient à peine de se terminer à Paris que ça recommence 15 jours plus tard à Séoul et à Tokyo. C'est dingue, parfois moi aussi je m'y perds. Le changement, c'est qu'il y a beaucoup plus d'acteurs et de concurrence. Avant, c'était prestigieux de faire partie de la Fashion Week. Maintenant, c'est limite démocratisé."

Eh oui, il n'y a plus seulement New York, Londres, Milan et Paris, même si les projecteurs sont d'avantage braqués sur eux. Maintenant, tout le monde veut sa part du gâteau.

Résultat des courses : il faut en montrer toujours plus.

"Chez les gros acteurs du marché, on a beaucoup plus de passages. L'exemple d'Anthony Vaccarello chez Dior est édifiant en ce sens qu'on en compte une centaine, c'est énorme ! On a des looks hyper complets mais aussi des modèles qui ne présentent qu'un simple maillot de bain".

Car c'est depuis les podiums que naît l'envie chez la cliente lambda, prête à embrasser à la seconde chaque tendance phare qu'elle aura remarquée sur les mannequins. Avant, ce qu'on voyait sur les podiums mettait un temps fou à arriver en boutique et c'était ça le luxe. Aujourd'hui, on a l'impression que c'est, au contraire, de pouvoir se payer ce qu'on a vu dès la sortie du défilé.

La faute au mass market et la copie conforme à peine le show terminé ?

"Oui, c'est clairement l'un des facteurs prépondérants qui pousse les marques de luxe à en faire toujours plus. Je prends l'exemple de Zara, qui a pour mission de voir quelque chose sur un défilé et de repérer la pièce la plus intéressante pour la sortir deux ou trois semaines après.

Les créateurs sont tous copiés, donc ils essayent d'adopter la stratégie du "see now buy now" (voir maintenant et acheter tout de suite). C'est Burberry qui a eu l'idée de lancer ça en premier, mais je trouve que ça n'a pas vraiment pris, même si au début on y croyait. Aujourd'hui, ils ne lancent plus toute la collection de cette manière, mais seulement des capsules.

Ils recherchent aussi à créer le buzz avant même le défilé. C'est ce qu'il s'est passé avec Ricardo Tisci sur le printemps-été 2019. La marque a lancé des bombers, et des t-shirts pour teaser la collection avec des produits portables. C'est très bien relayé sur les réseaux pour créer un sentiment de rareté. Eh voilà comment le consommateur se retrouve comme un mouton à acheter une veste à prix d'or qu'il ne portera qu'un mois ou deux avant de passer à autre chose."

Parlons-en, de l'influence des réseaux sociaux justement. Entre un Olivier Rousteing à la solde des Kardashian qui n'a (une fois de plus) pas brillé pour son élégance et sa créativité, le copié-collé d'Hedi Slimane qui nous ressert la même soupe que ce qu'il avait fait chez Saint-Laurent, ou encore le patchwork indigeste présenté par Gucci, on n'en peut plus. Sans compter les craquages de certaines grandes figures du passé comme John Galliano ou le décès de l'iconique Steve McQueen il y a quelques années.

La faute au trop plein de boulot?

"Galliano a pété les plombs et il était addict. Je pense aussi qu'à l'époque il avait du mal à supporter la charge de travail. L'un des exemples actuels les plus parlants, c'est Raf Simons chez Dior. Il est arrivé en 2012 et parti en 2015, tout simplement parce qu'il était dépassé par la charge de boulot et n'avait pas le temps de réfléchir aux collections.

Entre le prêt-à-porter, la couture, les croisières et les pré-fall, il devait imaginer huit collections par an, sans compter les deux qu'il confectionnait aussi pour sa propre marque. Le processus de créativité était faussé et il n'avait plus d'inspiration."

Mais alors, à l'heure où la concurrence se fait de plus en plus foisonnante et où même les acteurs du luxe ne se refusent plus les collaborations avec le mass market pour faire rentrer encore plus d'argent dans les caisses, un retour en arrière est-il possible ?

"Il faudrait ralentir le rythme, c'est sûr, mais dans les faits, rien ne change. Ce qui serait intéressant, ça serait de mettre un designer par collection, ça se faisait avant. Quelqu'un au prêt-à-porter et quelqu'un d'autre à la couture. Ça et la course au pognon"...

"Difficile de dire ce qu'il va se passer, mais ce qu'on constate, c'est que comparé à avant où les créateurs restaient de très nombreuses années à la tête des maisons, aujourd'hui on ne leur laisse plus aucune chance. Si ça ne marche pas du premier coup, on vire et on remplace. En moyenne ils restent 3 ans et pas grand-chose n'est fait pour améliorer leur bien-être.

De manière globale, je trouve qu'il n'y a pas énormément de nouveauté, à part le fait que la mode de la rue a envahi les podiums. C'était bien au début, et puis ça s'est essoufflé. Au final, on reste toujours dans les mêmes tendances et ils se copient tous en reprenant les mêmes codes et les mêmes silhouettes. Avoir une identité, c'est bien, mais il faut aussi vendre du rêve.

L'exemple le plus flagrant, c'est Hedi Slimane arrivé chez Celine après Phoebe Philo. Quand on compare sa collection à ce qu'il faisait chez Saint Laurent, où il a rapporté des millions, c'est exactement la même chose. LVMH l'a juste pris pour faire de l'argent. Il y a un moment où il va falloir arrêter. Heureusement, le courant de la mode portable et du vêtement confortable a quand même réussi à émerger avec des créateurs comme Phoebe Philo. J'espère qu'elle va revenir vite dans la mode."

Quand on pense qu'avant 2010, seules une poignée de maisons triées sur le volet avaient l'honneur de défiler au Carrousel du Louvre (oui, itinérance et décors grandiloquents n'était pas du tout d'actu), on se dit que décidément la mode a bel et bien changé de visage. Et pas forcément en bien. On souhaite bon courage aux designers pour tenir le cap !

Audrey Salles-Cook

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