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La fabuleuse histoire des Bains, par Jean-Pierre Marois

Les Bains, intérieur jour.
Les Bains, intérieur jour.

Avec un hôtel, un club, une cologne et bientôt des parfums, le «boss» des Bains a fait renaître de ses cendres ce mythique lieu de la nuit parisienne. L'homme raconte l'endroit et l'endroit raconte l'homme.

Mettre Paris en bouteille : un pari devenu réalité, à plus d'un titre, avec la réfection de ce lieu mythique. Près de quatre décennies après l'ouverture des "Bains Douches" (club ultra prisé, symbolique, devenu temple de la culture parisienne) et plus de cent trente ans après l'édification, en 1885, d'un immeuble pas comme les autres avec spa intégré, les Bains s'offrent une nouvelle renaissance en 2015. A la tête de ce phénix, Jean-Pierre Marois. A l'instar de l'endroit, l'homme compte plusieurs vies. Photographe, réalisateur puis producteur de cinéma, businessman au nez creux mais "low profile" ; amoureux des arts, lettré, sans fioritures ni emphase. Il laisse ça aux lieux. L'histoire pèse de tout son poids sur l'édifice transformé par son démiurge actuel en hôtel – mais pas que : au sous-sol, le club et son emblématique piscine sont toujours d'actualité. Fier de son bébé, on le serait à moins, Marois n'en oublie pas pour autant de citer ceux avec qui l'aventure s'est faite : entre autres, le brand designer Alexander Kellas (qui a griffé le Chateau Marmont et l'hôtel Cipriani à Venise) ou le décorateur Tristan Auer, déjà élu créateur de l'année du prochain salon Maison & Objets 2017. Quoi qu'il en dise – lui n'en dit rien –, Jean-Pierre Marois, c'est un peu l'anti Hubert Boukobza, l'homme de la nuit qui fit entrer Johnny Depp ou Kate Moss aux Bains Douches à l'aube des années 90 lorsqu'il avait la gérance du club. Construits, déconstruits, élevés sur un piedestale, déchus mais en fin de compte indéboulonnables, les Bains ont aujourd'hui l'allure d'un cocon qui garde ses secrets, d'un boudoir pas spécialement "show off". Régénérence versus momification, Jean-Pierre Marois a choisi d'en faire un lieu d'expérimentation plus que de culte. A l'automne 2017, il achèvera de mettre ce mythe en flacons avec trois eaux de parfum culottées, assez habilement pensées autour des trois dates clés de l'adresse du 7 rue du Bourg-l'Abbé. Patchouli, champagne ou cèdre ; encens, vapeurs sulfureuses ou soufrées, au gré des époques...
Les Bains, c'est aussi le parcours d'un homme, qui se livre à travers l'histoire du temple dont il est le gardien. La parole est au maître des lieux. Ouvrez les guillemets, interview fleuve.

Jean-Pierre Marois, le "boss" des Bains.
Jean-Pierre Marois, le "boss" des Bains.

"Ma vraie histoire des Bains commence quand j'y mets les pieds comme client mais aussi en tant que fils du propriétaire. A l'époque, je connaissais l'adresse comme un pays imaginaire ; la rue du Bourg-l'Abbé était ma version à moi du Rivage des Syrtes de Julien Gracq – un lieu "sonore" à mon oreille mais où je n'avais jamais mis les pieds. Mon père avait racheté l'ensemble, au début des années 70, à la famille Guerbois qui avait fait construire l'immeuble presque cent ans plus tôt – le spa y figurait déjà à l'époque. Il avait été invité à l'inauguration du club en 78, j'y suis allé à sa place. Jusque-là, les Bains Guerbois étaient en désérance, un antivol à vélo tenait sa grille fermée et des fientes de pigeon couvraient les nymphes torchères du porche... Mon père a loué, de manière assez étonnante, les lieux à deux jeunes gens inconnus au bataillon qui y ont monté le club. J'avais 15 ans, et j'ai halluciné en découvrant un lieu très différent des rallyes que je pouvais fréquenter... J'en suis devenu un habitué. Mon premier souvenir, c'est l'ouverture, dingue !"

La communication autour de l'endroit, lors de son inauguration, se fera de manière quasi anachronique : "Toute la rue était bloquée, un comble à une époque où les réseaux sociaux n'existaient pas ! J'ai eu l'impression que les travaux n'étaient pas terminés avec ce décor minimaliste, post punk, signé Philippe Starck – un de ses premiers jobs. Il y avait un mix incroyable de célébrités et d'inconnus, de jeunes et de vieux, toutes origines confondues... Un choc, surtout par rapport aux clubs de l'époque." 1978, millésime électrique – prémisse, amorce et catalyseur des flamboyantes eighties pour le monde de la nuit : "Le Palace, le Studio 54 de New York et les Bains Douches se sont imposés la même année, décrypte Jean-Pierre Marois. Ils ont changé l'image du clubbing à l'échelle mondiale. A l'époque, le clubbing était un art de vivre, voire une raison de vivre. On sait à quel point ça a été essentiel pour Keith Haring, qui passait la moitié de son temps à peindre et l'autre en boîte. A Paris, il venait tout le temps aux Bains. Les artistes passaient leurs nuits dehors : ça n'était pas comme ça avant, ça ne l'a plus été après."

Les Bains changent de mains pour passer entre celles d'Hubert Boukobza, bouddha de la night dans les années 80 et futur père du top Lily McMenamy. "Les habitués restaient les mêmes. Je ne venais pas du tout de ce milieu, je n'avais jamais travaillé dans la nuit. J'ai fait des études de lettres, de cinéma. J'ai été réalisateur puis producteur [Jean-Pierre co-produira notamment Babel, le film avec Cate Blanchett et Brad Pitt d'Alejandro González Iñárritu, ndlr]. De mon retour des Etats-Unis, où je vivais une partie du temps, je fréquente à nouveau l'endroit. J'y vais jusqu'en 2003, à l'époque où Cathy et David Guetta, qui sont des potes, quittent la direction du club."

Raconter une histoire

Les Bains seront fermés par arrêté prefectoral en juin 2010, suite à des travaux sauvages qui en abîment la structure. "C'est là que j'ai repris les rênes, continue Jean-Pierre. Je me retrouvais avec l'immeuble sur les bras, le club vide, et la nécessité de faire des travaux conséquents. Le groupe Casino envisageait d'y implanter un supermarché, j'ai compris alors qu'il fallait reprendre et transformer les lieux. La vision du clubbing avait changé : les gens se déplaçaient dans des gros espaces, le mini-clubbing était en perte de vitesse... De mon côté, j'avais créé un premier hôtel en 2005, un deuxième en 2008, je trouvais ça marrant. L'idée m'est venue de faire de l'endroit ce qu'il est aujourd'hui. L'immeuble à motié vide à l'époque était peut-être ma bouteille à moitié pleine... Certains ont une gentihommière normande ou un mas en Provence, moi j'avais les Bains Douches ! Avec son histoire, ou plutôt ses histoires, en strates successives. 1885, pour la construction des Bains Guerbois, 1978 pour la transformation en l'une des boîtes de nuit les plus célèbres du monde, 2015 pour la métamorphose en hôtel : j'ai réssuscité les trois époques, qu'on perçoit jusque dans la déco des chambres, aujourd'hui, entre accents haussmanniens, points d'orgue sur les années 1980 et vasques de salles de bains qui vous transportent au XXIème siècle."

La piscine du club, by night.
La piscine du club, by night .

Refonte versus réappropriation

" Les Bains, c'est clairement une institution de la ville de Paris et de la vie parisienne. Des milliers de gens ont des souvenirs incroyables ici, sur plusieurs générations, dans le monde entier. Ce qui m'a motivé, c'est de préserver tout ce qui pouvait l'être, tout en le réinventant. Il ne fallait pas que ça devienne un museum. Pour ça, on a bouleversé la topologie des lieux. La fresque de Futura [Futura 2000, street artist américain majeur], qu'on peut désormais voir dans le patio, était à l'origine à l'intérieur du bâtiment. Et puis il y a eu cette résidence d'artistes qui a duré trois mois, continue Jean-Pierre, qui reste l'un de mes plus beaux souvenirs des Bains, voire de ma vie. Des artistes urbains du monde entier sont intervenus directement sur les murs, les planchers, la façade de l'immeuble, en 2013, alors que l'endroit n'était pas encore ouvert au public. Les journalistes à qui on en parlait nous disaient : "si ça reste privé, ça ne sert à rien qu'on écrive dessus... Mais est-ce que je peux quand même passer jeter un oeil ?" Résultat, on a eu une couverture médiatique monumentale – Le Monde, Le Figaro, les Inrocks, le Journal de 20h de France 2...– alors qu'on avait fait ça comme un délire. Les Bains revenaient sur le devant de la scène par le biais des pages culturelles des plus grands titres de presse français... Pour certains, à Paris en particulier, les Bains étaient morts depuis les années 2000 ; les étrangers, qui n'avaient pas vu la chute du lieu, restaient pour leur part bloqués sur le mythe qu'il représentait. Cette résidence a permis au public de comprendre qu'il s'y passait à nouveau quelque chose d'incroyable ".

Faire perdurer le mythe

"Tout ce que compte la mode et la musique est alors revenu ventre à terre. Il y a à peine quelques semaines, une célèbre marque de parfums tournait aux Bains son prochain spot télé. Des artistes comme London Grammar, Major Lazor ou The XX sont des habitués des lieux ; en deux ans, on a aussi eu Massive Attack, les Red Hot Chilli Peppers, Mickey Rourke, Sean Penn ou Grace Jones... Des anciens, et donc des nouveaux. " Des personnalités très ancrées dans cette mythologie, ou très avides de cette vibe, qui cherchent à toucher la légende. "Cette alchimie, je ne pourrais pas l'expliquer, affirme Jean-Pierre Marois. Ça a été magique de voir Prince livrer ici un concert intimiste juste après avoir joué devant dix mille personnes à Bercy ; magique aussi, l'aftershow de Tree of Codes joué à l'Opera Garnier qui s'est déroulé entre nos murs, avec la danseuse étoile Marie-Agnès Gillot et Olafur Eliasson, qui est quand même l'un des plus grands artistes contemporains ! Dans les années 70, Andy Warhol avait déjà fait une fête ici quand il a créé son magazine, Interview. Et aussi sidérant que ça puisse paraître, lorsqu'on entrait dans le restaurant des Bains entre 1985 et 1995, on pouvait tomber parmi les petites tables sur Galliano à droite, Pierre Bergé et Yves Saint Laurent à gauche, plus loin Polanski, tout ça sur à peine 100m2..." Soit la concentration hautement improbable de figures totémiques de l'époque, réunies sur l'espace d'un timbre-poste ou presque. Souvenir encombrant ? "C'est un magnifique héritage, argumente Jean-Pierre Marois, mais c'est aussi une énorme pression... Dior a donné ici sa plus grosse soirée depuis celle au Château de Versailles huit ans auparavant, pour fêter l'avant-dernière présentation de Raf Simons. Un dîner magnifique, en mars 2015, avec 110 personnes alors que l'endroit n'était pas encore ouvert ; les derniers carreaux du restaurant ont été posés trente minutes avant l'arrivée des "guests"."
Dior , qui fera éditer une bougie co-brandée Les Bains comme souvenir de la soirée, livrée à ses invités dès le lendemain. Un événèment capital pour Jean-Pierre : "C'est là que je me suis rendu compte de la force du lieu en tant que marque". Les Bains, à mettre au patrimoine du luxe français : "Quand on a lancé la Cologne Les Bains Guerbois, le Bon Marché qui à l'époque préparait l'expo Paris !, s'est intéressé à nous. Nous avons eu droit à un corner ainsi qu'un pop up store dédié, pendant deux mois, au sein du magasin. Deux tiers des objets que nous vendons dans la boutique attenante à l'hôtel y étaient présentés – baskets, peignoirs, cologne, bougie, chaussons... Nous sommes entrés dans le Bon Marché comme dans du beurre là où certains y mettent des années."

Avce ces articles, Jean-Pierre Marois rend hommage à l'héritage des Bains, librement, affaire de choix très personnels. Exemple ? La cologne, donc, éditée en 2016. Extrêmement volontaire, pas consensuelle. "Cette cologne, elle est essentielle pour moi, résume-t-il. Elle représente bien ce que nous sommes, à l'opposé d'un grand groupe. Tout ce que nous entreprenons se fait au feeling, de manière familiale. Les Bains, c'est un lieu d'expression fantastique. Toute ma vie, j'ai été passionné par ce genre de projets. Je viens du cinéma indépendant et je fais de "l'hôtellerie" indépendante, en fin de compte."

L'eau de cologne Les Bains Guerbois, farouche et volontaire.
L'eau de cologne Les Bains Guerbois, farouche et volontaire.

Bacchus veille au grain

Un Bacchus pas commode dans la barbe duquel des sirènes s'enchevêtrent : telles sont les armoiries du lieu. Faut-il mériter les Bains, qu'on en soit client ou propriétaire ? " Intimidant, ce Bacchus ! [Rires] Je le trouvais un peu trop masculin, on l'a volontairement adouci avec des sirènes en extase dont les queues s'entremêlent dans sa barbe, et qui rappellent les statues de l'entrée de l'hôtel. Etre propriétaire d'un endroit pareil, est-ce que ça se mérite ? Certainement. Ça a été ardu de sauver le soldat Bains Douches [sourire]... Ça a pu être un parcours du combattant, même si j'ai toujours gardé la gniaque. Après, par rapport à la clientèle, je n'ai pas envie d'être élitiste, conclut Jean-Pierre Marois, dans l'esprit de ce qu'avaient justement été les Bains, le Palace ou le Studio 54 qui mixaient les générations, les origines et les milieux sociaux quand ils ont ouverts. Je suis partisan de ça... Ici, on peut aussi faire du yoga à l'heure du brunch le dimanche matin, ou de l'aqua pilates. Les Bains, c'est un lieu chic mais pas guindé. C'est un lieu d'initiés. Mais sans clivages."

Propos recueillis par Claire Stevens.

Informations pratiques : les Bains, 7 rue du Bourg-l'Abbé, Paris III.
https://www.lesbains-paris.com

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